28.04.2009

13 septembre

Un certain nombre, non négligeable, de films et de « télé-séries » de science-fiction m'ont fait découvrir récemment, à mon plus grand étonnement, qu'il existe des Nègres dans plusieurs galaxies de notre Univers, et qu'ils s'expriment même couramment - chose difficile à croire, mais pourtant parfaitement réelle - dans un excellent anglais. Ce qui est sans doute une preuve irréfutable de l'existence de Dieu.

 

27.04.2009

4 juillet

Umberto Eco, Les limites de l'interprétation : « Ébloui par des visions fulgurantes alors qu'il marche à tâtons dans l'obscurité, l'homme du IIe siècle élabore une conscience névrotique de son propre rôle dans un monde incompréhensible. La vérité est secrète, aucune interrogation des symboles et des énigmes ne dit jamais la vérité ultime, mais déplace le secret ailleurs. Si telle est la condition humaine, cela signifie que le monde est le fruit d'une erreur. L'expression culturelle de cette condition psychologique est la gnose.

« La révélation gnostique dit, sous une forme mythique, que la divinité, obscure et inconnaissable, contient déjà en elle le principe du mal ainsi qu'une androgynie la rendant dès le départ contradictoire, non identique à elle-même. Le Démiurge - l'un de ses exécutants maladroits - donne vie à un monde erroné et instable, où vient s'échouer une parcelle de la divinité, captive ou exilée.

« Un monde créé par erreur est un univers avorté, et l'un des premiers avatars de cet avortement, c'est le temps, imitation difforme de l'éternité. Tandis que la patristique, afin de concilier le messianisme judaïque avec le rationalisme grec, élabore le concept de direction providentielle et rationnelle de l'histoire, le gnosticisme mûrit un syndrome de rejet à l'encontre du temps et de l'histoire.

« Le gnostique s'estime exilé dans le monde, victime de son propre corps, véritable tombe et prison. Il est jeté en ce monde dont il doit se libérer. Exister est un mal. Or, c'est bien connu, plus on se sent frustré, plus on est saisi d'un délire de toute-puissance et de désirs de revanche. Le gnostique se considère donc comme une étincelle de cette divinité qui, à cause d'un complot cosmique, se trouve provisoirement en exil. S'il parvient à rejoindre Dieu, il s'unira de nouveau à son principe, à son origine, et, de surcroît, il contribuera à régénérer cette origine, à la libérer de l'erreur première. Bien que prisonnier d'un monde malade, il s'imagine investi d'un pouvoir surhumain, et seule sa collaboration permettra à la divinité de réduire sa fracture initiale. Ainsi, l'homme gnostique devient un Übermensch.

« La caractéristique du pouvoir de cet Übermensch tient en ce qu'il atteint le salut par la connaissance (gnosis) du mystère du monde. Comparés aux hyliques, liés à la matière, sans espoir de salut, les pneumatiques sont les seuls à pouvoir aspirer à la vérité et donc au rachat. La gnose n'est pas, à l'instar du christianisme, une religion pour les esclaves mais pour les seigneurs. Le gnostique, mal à l'aise dans un monde qu'il ressent comme étranger, conçoit un mépris aristocratique envers la masse à laquelle il reproche de ne pas reconnaître la négativité du monde, et il attend un événement final qui provoquera le bouleversement, l'éversion, la catastrophe régénératrice de l'univers.

« À la différence du peuple d'esclaves, l'Übermensch gnostique comprend que le mal n'est pas une erreur humaine mais l'effet d'un complot divin, que le salut ne se construit pas par des actes car il n'y a rien à se faire pardonner. Certes, si le monde est le royaume du mal, le gnostique doit en haïr la nature matérielle, mépriser la chair et même l'activité reproductrice. Cependant, celui qui possède la connaissance est sauf et n'a donc plus à redouter le péché. Au contraire, selon Carpocrate, pour se libérer de la tyrannie des anges, seigneurs du cosmos, l'homme doit s'abandonner à toutes les ignominies possibles ; connaître, c'est aussi connaître le mal. Par la pratique du mal, on humilie le corps qu'il faut détruire, mais pas l'âme qui, elle, est déjà sauve.

« Dénicher l'héritage gnostique dans la culture moderne et contemporaine est une tentation à laquelle il est fort difficile de résister. Ainsi, on découvre une origine cathare, et donc gnostique, à la conception courtoise (puis romantique) de l'amour, vécu comme renoncement, perte de l'aimée, et en tout cas comme rapport purement spirituel excluant la moindre relation charnelle. Il ne fait aucun doute que la célébration esthétique du mal en tant qu'expérience de révélation (Sade) est gnostique, tout comme est gnostique le choix que font de nombreux poètes modernes de rechercher des expériences visionnaires dans l'épuisement de la chair, obtenu par l'excès sexuel, l'extase mystique, la drogue ou le délire verbal.

« [...]

« D'autres encore voient une inspiration gnostique dans l'existentialisme et en particulier chez Heidegger (l'Être-là, le Dasein, comme être '' jeté '' dans le monde, le rapport entre existence terrestre et temps, le pessimisme). Jung, lorsqu'il revisite les anciennes doctrines hermétiques, repose le problème gnostique de la redécouverte d'un Soi originel. De la même façon, on individualise un moment gnostique dans toute apparition du Surhomme, dans toute condamnation aristocratique de la civilisation de masse, dans la détermination avec laquelle les prophètes des races élues, pour réaliser la réintégration finale des parfaits, passent par le sang, le massacre, le génocide des hyliques, ces esclaves irrémédiablement liés à la matière.

« Sans parler enfin des auteurs contemporains qui se réfèrent littéralement aux idées originales de la gnose. [...]. »

 

26.04.2009

26 novembre

Tu pourrais les apercevoir depuis le trottoir, l'hiver, quand le soir tombe, si tu marchais dans les rues d'ici à la fin de l'après-midi. On les voit souvent près des fenêtres donnant sur la rue et dont les rideaux restent ouverts tant que la journée de travail n'est pas terminée. Ils aiment bien jeter un coup d'œil dehors, de temps à autre, pour se distraire un instant des écrans lumineux. Tu les verrais assis sous le halo des petites lampes jaunes, tu verrais que ce sont des hommes et des femmes de mon âge et de tous les âges. Les pièces dans lesquelles ils se trouvent sont toujours sombres ; des liasses de papiers s'entassent sur leurs tables, des livres et des brochures s'empilent sur leurs étagères. Si tu faisais le tour du quartier, tu en découvrirais sans doute des dizaines, qui fixent les écrans, le front plissé par le souci et l'attention. Autour d'eux, la solitude si particulière de l'homme absorbé en lui-même est presque palpable. Ils ont tous cet air d'être en suspension dans la chaleur immobile de leurs cellules, comme des créatures marines dans de grands bocaux de verre. Le passant emporté par ses pas se surprend à penser qu'ils appartiennent peut-être à une espèce qui lui est étrangère. Que font-ils donc devant les machines lumineuses ? Eh bien, ils sont très occupés à gagner leur vie. Demain, ils iront acheter des chaussettes de laine et du foie gras, des pamplemousses et du savon et un tapis. Ils sont forcés de faire ce qu'ils font pour pouvoir mettre des boules de couleur dans l'arbre de Noël et donner à manger à l'enfant qui regarde la télévision. C'est intéressant, non ? Non, ce n'est pas intéressant. Toi qui passes en coup de vent dans la rue, peut-être envies-tu un peu ces gens que tu aperçois, et qui semblent pétrifiés dans la beauté monacale de ces pièces où le courage sait si bien se faire patient - mais pourquoi faut-il qu'ils me donnent envie de pleurer?  J'ai mis ma table d'écriture le plus loin possible de la fenêtre ; ma machine à moi est cassée depuis deux ou trois mois - there's a ghost in the machine - , et j'écris ceci à la main, cette nuit, devant un mur vide. Je me suis détourné de la fenêtre, je me suis contraint à ne chercher nulle part ailleurs qu'en moi-même l'essentielle substance de toutes les substances. Je trempe ma plume dans cette pauvre vie qui s'est accumulée à l'intérieur de mon sablier et qui va sans cesse s'épaississant ; j'y trempe ma plume afin de faire danser le monde mort, ensablé, qui m'encombre de son souvenir. J'ai encore la prétention d'avoir autre chose à faire que de vendre du papier, depuis que je sais que l'argent ne me permettra jamais de me divertir de ce qui m'habite trop profondément - je veux dire le temps, la conscience du temps et la douleur devant le temps. Quand je songe à mes semblables rivés à leurs machines de fer ou de lumière et qui gagnent leur sel à la sueur de leur front, j'ai envie de pleurer et de hurler, et en cela je n'ai jamais changé. Je n'appartiens pas aux hommes de la longue patience, je voudrais tout casser, les fenêtres et les hommes et leurs machines et la patience et le temps lui-même. Je ne veux pas être comme ceux-là que tu vois dans leurs cellules quand tu passes sur les trottoirs au crépuscule. Ils sont déjà trop nombreux, ils l'ont toujours été et ils n'ont aucun besoin de moi. Je n'ai pas tellement besoin d'eux non plus ; après tout, je n'achète que très peu de ces choses qu'ils fabriquent et qu'ils voudraient pouvoir me vendre. Les hommes de la patience, je les envierais si je savais que ce à quoi ils sont occupés s'apparente à la fabrication du respect de soi, bien qu'il s'en trouvera toujours trop pour puiser ce respect dans la docile conformité et ce qu'ils appellent sans sourire l'honnêteté.

 

25.04.2009

30 septembre

Tu m'harasses. Tu abuses de moi. Tu y consens.

 

24.04.2009

26 avril

Tu « écris » et les chevaux ont des cils aussi. Et les veaux.

 

23.04.2009

19 août

Tu choisis tout à fait au hasard, dans les pages de l'annuaire du téléphone, le nom d'une personne que tu ne connais pas et qui n'a aucun moyen de découvrir qui tu es. À cette personne, tu envoies chaque jour, semaine après semaine, des années durant, sans la moindre explication, une « lettre » anonyme constituée essentiellement d'une ou plusieurs pages de texte extraites de la somme des écrits que tu as pu accumuler tout au long de ta vie. Tu viens ainsi d'inventer de toutes pièces, quelque part dans le monde, quelque part au bout de la nuit, une personne qui puisse te lire, qui puisse tout lire, une personne qui est quelqu'un mais qui n'en demeure pas moins personne. Pour toi, et pour toi seul, cette personne inconnue devient, qu'elle le veuille ou non, le Lecteur, le Lecteur sans visage, toujours, puisque jamais tu ne chercheras à entrer en contact avec lui autrement que par ces « lettres », mais un Lecteur existant très réellement, très concrètement, et non plus seulement en tant que vague figure abstraite - un Lecteur plus vrai que toi-même.

 

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