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06.05.2009

4 janvier

Un jour - écoute, mon frère, la belle histoire - , il y a eu ce moment où j'ai pris conscience que je ne devais plus chercher, que je n'en avais plus besoin, que je devais seulement choisir entre un idéal qui se refusait, parce qu'il n'existait pas, et une conscience qui me répugnait, et ce jour-là mon humanité s'est sentie blêmir en moi. Puis il y a eu cet autre moment où j'ai compris que les longs travaux des études solitaires, ravageuses, ne faisaient que converger vers les sources mystérieuses de l'intuition, de la sensibilité, et que le sens de ces études, de tout ce noir travail, n'était pas de racheter l'idéal blessé à mort, de le relever coûte que coûte, mais de m'attaquer à une civilisation, comme un Quixotte malade et furieux. Puis il y a eu ce moment où s'est saisi de moi l'énorme rire haineux devant l'homme coiffé du petit chapeau grotesque de l'anthropocentrisme. Puis il y a eu un moment de grande, de très grande fatigue.

Ne reste plus à présent qu'un regard ironique, hostile ou franchement haineux porté sur toutes choses, bien malgré moi, ne reste plus, en toute humilité, que l'homme et son humanité d'un côté et « moi » de l'autre. Voilà ce qu'il advient de l'être mangé par le néant de l'idéal : l'être se retournant contre l'être, l'être s'acharnant sur l'être qui n'est pas, qui ne peut pas être celui de l'idéal, qui n'existe pas, comme il n'existe aucune raison de croire en quoi que ce soit, aucune raison de respecter quoi que ce soit. Sans idéal, comment se priver de violence, comment ne pas s'enivrer du cri barbare et brutal de la souffrance ? Comment ne pas aimer la haine, à commencer par celle qu'on éprouve pour soi-même ? Comment dénier à l'injure, à l'obscénité, leur raison d'être, leur valeur ? Comment ne pas faire de la vie l'œuvre de la mort maudite ?

L'étrange passion que j'ai de donner une forme à mes haines, à l'absence d'idéal, est ce qui me fait croire que j'ai le droit, en réalité totalement contestable, d' « écrire ». Je m'amuse de cette préciosité que je n'aime pas, qui m'épuise, mais qui me laisse croire qu'elle m'autorise à m'attarder ici pour un peu de temps encore - j'ai bien peur que je choisirai de mourir le jour où elle cessera de me passionner. Peut-être cette préciosité est-elle ce qu'on appelait autrefois une valeur : quelque chose qui vous pousse à regarder là-haut, c'est-à-dire à souffrir de ce qui est ici-bas. Mais il n'y a rien là-haut. Il n'y a rien, sinon une impossible cohabitation avec l'impossible. Il n'y a rien, que l'aimer, sans l'amour - ô mon cœur.

 

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