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18.04.2009

22 mars

Toutes les musiques sont inutiles, ou presque, parce que la musique est faite en général par des musiciens. Les musiciens sont des gens qui n'ont rien à dire mais qui veulent faire quoi ? De la musique. Un batteur veut taper sur ses casseroles, il se fout bien de tout le reste. Une symphonie, c'est un gros tas de notes qui tiennent ensemble à cause de quelques lois strictement mathématiques et qui n'expriment rien d'autre qu'une architecture mathématique. On l'a dit souvent : il n'y a pas d'émotion dans la musique de Bach, par exemple, pas d'idées non plus, sauf des idées de mathématique musicale. Pour que la musique devienne intéressante, il faut lui superposer du texte, c'est-à-dire du sens, ce que la musique toute seule ne fournit jamais puisqu'elle en est incapable. Le chant grégorien va quelque part, il est prière, une sonate pour piano n'est que du piano ivre d'une combinatoire mathématique. La musique populaire, elle, est une arnaque à vagins, une pulsion simiesque, et une colossale machine à piastres, on commence à le savoir. Ce n'est pas pour rien que toutes les « idoles » sont manufacturées pour un public d'adolescentes de plus en plus jeunes : ça carbure aux hormones et c'est jetable quinze mois plus tard. La « grande musique » ressemble à la passion des nombres qu'avait Sade ; elle donne le même vertige et elle est aussi platement vide. Quand on sait ce que c'est qu'un accord mineur, il devient vraiment trop facile de peser sur le piton, même si ça marche à tout coup, et justement parce que ça marche à tout coup. Beethoven disait un jour à un violoniste récalcitrant qui n'arrivait pas à jouer une partition trop difficile : « Que m'importe votre sacré violon quand l'esprit souffle en moi ! » Il écrivait de la musique, le zeb, il s'était fasciné sur la mathématique et personne n'allait le faire chier, n'est-ce pas. La musique de son époque commençait à souffrir de la mort de Dieu qu'elle pressentait ou qu'elle avait déjà anticipée - cette époque, celle du « romantisme ». Aujourd'hui la musique est morte, la grande musique d'abord, merci au matraquage de masse des faiseurs d'hymnes aux vagins, la musique religieuse n'en parlons pas, mais, plus grave, la musique populaire aussi. Il y a une énorme différence entre une culture populaire et une culture de masse. Robert Johnson a écrit des blues issus d'une culture populaire, Eric Clapton le long saxon aux pieds froids n'est qu'un faiseur de sonorités très suitable pour un marché de masse, qui ne connaît pas - et par conséquent n'achète pas - la musique du nègre mort Johnson. L'architecture du chant grégorien obéit à un principe mathématique visant à produire une mélodie dépourvue d'excitation sensuelle, la spiritualité s'opposant, dans la religion chrétienne, à l'univers trouble de la sensualité ; les écarts entre les notes sont soumis à un contrôle d'une extrême rigueur, qui ne permet aucun emballement, aucune envolée, aucun déraillement émotif. Évidemment, cette musique est la plus sensuelle du monde, la plus blues, la plus magnifiquement retenue et la plus suavement suggestive de ce qu'elle veut suggérer : le divin, lancinant et qui fait mal quand on le cherche - en pure perte, toujours - à l'intérieur de soi. J'ai craqué pour le rap à l'époque déjà oubliée où il a été ce que la musique « afro-américaine » a toujours été. Depuis que les Bretons font du rap celtique avec des tuques de nègre, c'est la nausée, naturellement. L'intelligence du slang - de l'« ebony », mettons... - des nègres américains qui ont inventé le rap est égale à celle qui a donné naissance aux phrasés blues, jazz, rock 'n' roll - brevet nègre, ne l'oublions pas - , rhythm & blues, funk. Ils ont tout fait. La seule musique « typiquement » américaine est le country & western, qui est une musique européenne resucée, en gros. J'admire cette vraie culture populaire dont est issu le rap, qui est devenu une autre vis de la culture de masse et qui pour ça ne veut plus rien dire aujourd'hui. La parole est l'essence du rap, le reste sans la parole ne serait rien. Nous sommes des êtres beaucoup trop sophistiqués pour être victimes de la savane et de ses seuls rythmes, nous sommes des singes dénaturés, le but de notre culture est de faire de nous des primates dégénérés, des blondes à l'aisselle rasée qui ne parviennent jamais tout à fait à entrer en transe quand bat le tam-tam entravé par la pénicilline pourtant fabriquée à partir du membre de l'étalon. Il y aurait une vaste étude sociologique, philosophique, religieuse, qui devrait être entreprise afin d'étudier le vide estomaquant des pages des journaux et des magazines consacrées aux entrevues universellement stupides que donnent les « musiciens » et autres chanteurs de pomme, promotion oblige. Dans toutes les mu-siques où on n'entend que l'absence de Dieu, ou l'absence de son absence, on ne peut sentir que cette horreur, les pieds du cœur humain qui pue comme tout ce qui vit et qui va mourir. La musique seule, c'est deux choses : rythme et mélodie, l'accent étant mis soit sur le rythme, soit sur la mélodie - une « belle » mélodie, pour être belle, doit être lente, un rythme emportant doit être rapide et forcément réduire l'aspect mélodique de la chose, c'est mathématique. Il faut du texte pour sauver la musi-que de la musique, qui n'est jamais qu'elle-même - trois quatre, etc.

 

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