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24.03.2009

8 juin

Qui sait, au fond, pourquoi on ne se tue pas tout simplement pour de bon. Je me dis parfois que la vie c'est comme tout le reste, qu'on finit par en prendre l'habitude à force de durer et que, passé un certain âge, on serait bien idiot de renoncer, surtout quand on a tenu de peine et de misère, pendant tant d'années, à ramer en plein calvaire. Alors on se cherche des petits débris de prétexte pour rester encore un peu, on se bricole une raison d'être approximative avec deux bons sentiments, un vieux souvenir et une couple de lâchetés, sur l'établi, dans le garage, après le souper, ou dans le désœuvrement d'un long dimanche après-midi. On s'en va dans ce qu'il nous reste de vie avec cette espèce de bébelle-là à moitié tordue, qu'on traîne derrière soi au bout d'une corde, qui fait un bruit de boîte de conserve vide et qui représente tout ce qu'on n'a pas réussi à rater complètement malgré notre stupidité. On regarde autour de soi les autres hommes, les autres traîneux de prétextes à trois pattes, leurs gueules de gibbons abrutis et leur air de ne pas pouvoir en revenir, du gâchis qu'ils sont devenus eux autres aussi, et on se rassure un dernier coup : Dieu merci, on n'est pas pire que ces pauvres morons-là. À présent on est prêt à vieillir pour de vrai, on a appris à gérer sa nullité, ce qui est, comme tout le monde le sait, l'essence même de la sagesse.

Nullité pour nullité, j'ai tâté de pas mal de drogues de toutes les sortes avant d'arriver jusqu'ici et j'ai vidé quelques petites pintes aussi en chemin, j'ai eu de l'argent et j'ai eu du temps, mais rarement les deux au même moment, je me suis escoué le dé dans un certain nombre de femmes et je crois bien en avoir aimé une ou deux à peu près convenablement, en fait j'ai surtout été heureux en amitié, mettons, mais je pense pouvoir dire aujourd'hui que c'est les livres, moi, qui ont fait la différence dans ma vie. Les vrais durs ne dansent pas - tough guys don't dance - , on le sait : ils lisent. C'est vraiment la tête qui est le plus gros des muscles. Rétroactivement, c'est toujours facile de parler, oui, mais je me demande quand même si je ne serais pas couché sous le gazon, dans un petit endroit absolument tranquille, et depuis pas mal de temps déjà, si je ne m'étais pas enfargé assez jeune, à quinze, seize, dix-sept ans, dans les livres. Peut-être que je ne suis pas parti parce que j'ai voulu continuer à lire. Lire - la façon d'être au monde sans y être tout à fait, de s'intéresser à tout sans se mêler de rien. Peut-être. En tout cas, les livres que j'ai lus, je peux au moins les relire, ils sont encore là, d'une certaine manière, tandis que les amis et les aimées sont perdus, eux autres, aux vidanges, avec le reste de toute la câlisse de marde, et pour toujours.

 

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