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22.03.2009

7 août

Qui a jamais eu le temps de vieillir, ici-bas ? Pourtant il le faut, il faut vieillir, très malheureusement. Jeune, on fait toujours écran. Il faut du temps pour se fabriquer une nudité, pour aller jusqu'à l'os, pour se libérer de toute l'existence et de ses passions et de ses si ragoûtants poisons. Avant l'âge de trente, trente-cinq, quarante ans, on ne devrait même pas avoir le droit d'ouvrir sa gueule, on devrait être condamné à baiser tout ce qui bouge, à jouer au fou ou au football, à lire et à voyager, à apprendre les cent milliards d'inutilités, à se faire des amis et à se les perdre, à cultiver et à susciter quelques haines essentielles, à se vider du trop-plein de vie qui pourrit l'âme la mieux trempée. On devrait nous dire qu'écrire c'est n'être déjà plus jeune, que c'est devoir et savoir utiliser perversement nos vieux péchés - et les seuls vrais péchés, dans la vie, sont ceux qu'on commet par excès de jeunesse. Presque tous les écrivains écrivent trop tôt, trop jeunes. Ils ne se donnent pas le temps de brûler ce qu'il faut de ponts derrière eux. Ils ne se donnent pas tout ce temps dont ils auraient besoin pour se vider de la belle littérature avec laquelle on leur a farci la cervelle depuis toujours. Ils croient devenir écrivains alors qu'ils ne deviennent que de simples littérateurs, bons ou mauvais, c'est sans importance. À quarante ans, ils sont foutus comme le sont tous ceux qui se racontent encore des histoires passé un certain âge, comme ces grands enfants attardés qui croient encore à la Fée des Étoiles, au pape ou à l'Homme Araignée. On ne fait pas de la littérature à quarante ans. Ou bien on continue d'en faire, ce qui est considérablement pire, ou bien on entreprend d'écrire.

 

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