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19.03.2009

3 mai

Qu'est-ce que c'est, un « écrivain » ? Si j'écris des textes que je ne tiens pas à faire publier, peu importe pourquoi, puis-je me dire écrivain ? Si je crée une œuvre que seules quelques personnes de mon entourage immédiat pourront lire, puis-je me dire écrivain ? Si aucun chien d'éditeur ne veut publier les livres que j'écris, puis-je me dire écrivain ? Si tout ce que j'écris ne vaut strictement rien, et que c'est la raison pour laquelle aucun chien d'éditeur ne veut publier mes ouvrages, puis-je me dire écrivain ? Si je me contente de concevoir jusque dans leurs moindres détails toutes sortes de livres fabuleux, sans jamais les écrire, sinon en imagination, puis-je encore me dire écrivain ? Et si, passé quarante ou même cinquante ans, j'ai enfin une vision claire de ce que je veux que soit mon œuvre, après vingt ou trente années d'écriture ratée, qui contient cependant en germe toute l'œuvre à venir, et que je meurs, demain, renversé par une motocyclette, alors que je traversais la rue pour aller manger un cheeseburger à la binnerie du coin, pourra-t-on dire de moi que j'étais un écrivain ?

Le problème est d'autant plus intéressant que beaucoup d'artistes rêvent, souvent en secret, parfois sans en être pleinement conscients, parfois aussi à leur corps défendant, d'abandonner leur art, de s'en libérer, de ne plus en avoir besoin pour être artistes. Devenir un artiste sans créations, cesser de créer sans pour autant cesser d'être artiste, ne serait-ce pas l'ultime accomplissement, l'œuvre ultime, comme l'a été par exemple le silence définitif et superbement indifférent de Rimbaud après les Illuminations ?

 

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