Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17.02.2009

27 décembre

Petite, l’essentiel est ici, en cet après-midi trop clair, les fumées dansant sur le ciel, la neige figée, dehors, en paquets sales, dans le terrain de stationnement, des hommes coiffés de fausse fourrure s’enfuyant devant le vent, mangés de froid, battus par l’hiver. Il n’a jamais fait aussi froid un 27 décembre – ce n’est pas moi qui le dis, c’est la voix de la Dame dans la radio. / Oui, l’essentiel est ici, et que ce soit du cœur de cette plénitude que je m’adresse à toi, car il n’y a rien d’autre, mon enfant, rien d’autre. / La Terre a fabriqué un pamplemousse rose avec de l’énergie solaire, j’ai mangé le pamplemousse, et c’est l’énergie encapsulée dans cette petite bombe de vie qui tient la main qui tient ma plume. Je suis un pamplemousse qui t’écrit pour te dire que je t’écris depuis un monde mort. L’énergie danse en moi comme un sorcier, je sens mon corps tout entier sucer le glucose et s’embraser, je le sens sécréter les mots, les images, les idées, ici, maintenant, tout de suite, pour que le présent, pour que l’énergie elle-même, pour que cette plénitude puissent t’être dits. Je t’écris depuis un monde mort – cet après-midi du 27 décembre 1993 court à sa perte plus vite que la fumée de ma cigarette, il file vers les cimetières du Temps encore plus rapidement que les passants tout enveloppés de buée à travers la lumière gelée, avec leurs misérables sacs à provisions en plastique blanc, de l’autre côté de la vitre givrée. / Tu ne liras pas cette lettre avant vingt ans, petite bonhomme, quand tu auras vu le visage de ta vingt et unième année s’effacer de ta glace, et que restera-t-il alors de ce 27 décembre à faire fendre le ciel de froid ? Rien, rien du tout – rien que les mots qu’un pamplemousse rose m’aura permis de tracer sur mon papier d’écolier, entre trois et quatre heures de l’après-midi et quelques cigarettes bleutées. / Mangeur de pamplemousse mangé par le Temps, fumeur s’envolant en fumée, pendant que la main à la plume s’affaire à rameuter les énergies dispersées et s’occupe de les couler par petites unités dans le moule des mots hospitaliers. Pourquoi ? Pour arracher un 27 décembre au monde mort et en faire une lettre jetée dans le futur, un présent déposé entre tes mains, un présent, simplement, pour toi que j’aime.

Vois dans ce geste toutes les écritures du pauvre monde qui pèse sur nos pauvres épaules te sourire.

Les commentaires sont fermés.