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14.02.2009

15 janvier

Pessoa est l’écrivain le plus drôle que je connaisse. Est-il possible de concevoir une chose pareille ? Le pauvre mec – il était Portugais ! et il y croyait ! le « Cinquième Empire », etc. ! – est pratiquement né incapable de sa phénoménale petite personne. La malle aux trois cent quarante-trois enveloppes, aux vingt-sept mille quatre cent cinquante-trois « documents » qu’il n’a pas tout à fait eu la force de jeter dans le monde de son vivant, en tout cas pas plus loin que sur son papier, ce n’était que lui tel qu’en lui-même, lui qui était prodigieusement trop pour son propre lui-même, qu’il n’était d’ailleurs pas exactement, on comprend un peu pourquoi. Les photographies qui le représentent sont à se rouler par terre : le triste moron n’en peut évidemment plus, pitoyable macaque essayant de se planquer sous le grand parasol de son chapeau, de se réfugier quelque part derrière sa cravate de singe convenu et sa grotesque moustache d’innocent aux mains vides, alors qu’il est simplement, banalement, tragiquement en train d’imploser, de se désagréger depuis toujours sous l’inhumaine pression d’un néo-cortex monstrueux qui a détruit toute son existence, à commencer par sa regrettable cédille. Et ce qui rend la chose encore plus irrésistiblement pissante, c’est qu’il le sait, c’est qu’il en est lui-même conscient, monstrueusement, mais qu’il n’y peut rien.

Ah ! Fernando, Fernando ! Fernando qui auras été toute l’espèce humaine à toi tout seul sous ton maudit chapeau de bouffon !

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