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09.05.2009

7 juillet

Un vieux quêteux sonne à ma porte.

- Pardon, Monsieur ! Pourriez-vous faire la charité à un pauvre homme sans le sou ?

Le vieux tombait mal : j'étais aussi désargenté que lui. Alors je lui donne le livre que j'étais en train de lire.

L'air un peu dégoûté, le bonhomme prend le livre du bout des doigts, puis il me tourne le dos sans rien dire. J'allais refermer la porte quand je le vois baisser sa culotte et s'installer pour chier sur mon perron !

Je lui crie :

- Mais qu'est-ce que tu fais là, vieux sacrament ? ! ?

Le vieil homme lève son visage fatigué vers moi et me dit, en me regardant droit dans les yeux :

- Vous savez, mon cher Monsieur, avec des mots on va pas chier loin dans la vie !...

 

08.05.2009

25 octobre

Un Québécois, c'est quelqu'un qui n'a pas d'idées et qui n'en est pas moins incapable de les défendre.

 

07.05.2009

18 avril

Un pauvre écrivain écrivant sur l'écrire ne fait probablement que confirmer par là ce que la majorité des gens pensent depuis toujours.

Raison de plus.

 

06.05.2009

4 janvier

Un jour - écoute, mon frère, la belle histoire - , il y a eu ce moment où j'ai pris conscience que je ne devais plus chercher, que je n'en avais plus besoin, que je devais seulement choisir entre un idéal qui se refusait, parce qu'il n'existait pas, et une conscience qui me répugnait, et ce jour-là mon humanité s'est sentie blêmir en moi. Puis il y a eu cet autre moment où j'ai compris que les longs travaux des études solitaires, ravageuses, ne faisaient que converger vers les sources mystérieuses de l'intuition, de la sensibilité, et que le sens de ces études, de tout ce noir travail, n'était pas de racheter l'idéal blessé à mort, de le relever coûte que coûte, mais de m'attaquer à une civilisation, comme un Quixotte malade et furieux. Puis il y a eu ce moment où s'est saisi de moi l'énorme rire haineux devant l'homme coiffé du petit chapeau grotesque de l'anthropocentrisme. Puis il y a eu un moment de grande, de très grande fatigue.

Ne reste plus à présent qu'un regard ironique, hostile ou franchement haineux porté sur toutes choses, bien malgré moi, ne reste plus, en toute humilité, que l'homme et son humanité d'un côté et « moi » de l'autre. Voilà ce qu'il advient de l'être mangé par le néant de l'idéal : l'être se retournant contre l'être, l'être s'acharnant sur l'être qui n'est pas, qui ne peut pas être celui de l'idéal, qui n'existe pas, comme il n'existe aucune raison de croire en quoi que ce soit, aucune raison de respecter quoi que ce soit. Sans idéal, comment se priver de violence, comment ne pas s'enivrer du cri barbare et brutal de la souffrance ? Comment ne pas aimer la haine, à commencer par celle qu'on éprouve pour soi-même ? Comment dénier à l'injure, à l'obscénité, leur raison d'être, leur valeur ? Comment ne pas faire de la vie l'œuvre de la mort maudite ?

L'étrange passion que j'ai de donner une forme à mes haines, à l'absence d'idéal, est ce qui me fait croire que j'ai le droit, en réalité totalement contestable, d' « écrire ». Je m'amuse de cette préciosité que je n'aime pas, qui m'épuise, mais qui me laisse croire qu'elle m'autorise à m'attarder ici pour un peu de temps encore - j'ai bien peur que je choisirai de mourir le jour où elle cessera de me passionner. Peut-être cette préciosité est-elle ce qu'on appelait autrefois une valeur : quelque chose qui vous pousse à regarder là-haut, c'est-à-dire à souffrir de ce qui est ici-bas. Mais il n'y a rien là-haut. Il n'y a rien, sinon une impossible cohabitation avec l'impossible. Il n'y a rien, que l'aimer, sans l'amour - ô mon cœur.

 

05.05.2009

11 avril

Une sensibilité artiste doit s'incarner dans l'art. Elle se pervertit et devient destructrice quand elle cherche à se réaliser dans ce que les non-artistes nomment le monde réel.

 

04.05.2009

22 octobre

Une fois à peu près sorti du palais noir de mes adolescences, j'en suis venu petit à petit à penser, sans être sûr de rien, qu'il serait peut-être possible malgré tout d'essayer de devenir vaguement écrivain plutôt que robineux.

J'hésite encore un peu.

 

03.05.2009

16 avril

Un éditeur est une personne qui est forcée d'être compétente. Par quoi ? Par ce qu'elle n'a pas : un talent.

 

02.05.2009

27 septembre

Une dédicace ? De moi, à l'un de mes semblables ? Ô fols ! Jamais ! Jamais je ne dédierai une page, une ligne, une cédille, à qui que ce soit ! Jamais ! Le lieu de l'écriture, c'est celui de l'exacte et rigoureuse solitude qui a sauvé la vie à ce pauvre type cataclysmique que j'étais et que je serai toujours, et il n'y a pas d'amour en ce lieu-là, Mesdames & Messieurs de la Postulation, il n'y a pas d'indulgence, pas de pardon, pas d'accommodement possible. Je ne condescendrai même pas, comme l'a fait Céline dans son dernier livre, Rigodon, à une dédicace « aux animaux ». Non ! L'homme, cet ennemi du genre humain, comme l'a si bien dit Paul Valéry, est un animal lui aussi ! Sur la première page de mes cahiers, depuis le jour où je suis entré en écriture, je n'ai jamais écrit et je n'écrirai jamais qu'un seul nom, le plus difficile d'entre tous à tracer, et qui me coûte déjà bien assez cher comme ça : le mien.

« À moi », donc ! « À moi pour toujours ! »

 

01.05.2009

26 juin

Une dame, que je ne connaissais que depuis un assez court laps de temps - disons moins de vingt-quatre heures - , m'a un jour fait la surprise de se rhabiller, apparemment toute offusquée, parce que, dans le feu de l'action, j'avais commis la petite maladresse de dire à voix haute, et sans même avoir pris la peine de fermer les yeux au préalable, ce que j'aurais vraisemblablement dû me contenter de penser en silence, au moment où ça m'était, comme on dit, venu à l'esprit : je lui avais dit - ou plutôt j'avais dit - qu'écrire c'était générer du désordre.

Si mon souvenir est exact, la dame en question n'était pas ce que l'on pourrait appeler une créature particulièrement apte à l'amour. Et pourtant, Dieu sait qu'elle n'avait pas tout à fait non plus le type de l'universitaire à fortes barniques.

 

30.04.2009

21 juillet

Un écrivain est en train de se noyer.

- Au secours ! Au secours ! Je ne sais pas nager !

Un critique qui traversait le pont au même moment lui crie :

- Moi non plus je ne sais pas nager, mais je n'ai pas besoin de le dire à tout le monde !