Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25.03.2009

9 octobre

Qu'on me laisse ici, comme une vieille avec ses chats, ses lampes et ses tapis, qu'on me laisse à mon métier / je ne veux que l'ami qui ne viendra plus, le repas pour me déranger, encore un peu de nuit à faire reculer. / Le temps qu'il fait dehors finira bien par passer / le monde par cesser.

 

24.03.2009

8 juin

Qui sait, au fond, pourquoi on ne se tue pas tout simplement pour de bon. Je me dis parfois que la vie c'est comme tout le reste, qu'on finit par en prendre l'habitude à force de durer et que, passé un certain âge, on serait bien idiot de renoncer, surtout quand on a tenu de peine et de misère, pendant tant d'années, à ramer en plein calvaire. Alors on se cherche des petits débris de prétexte pour rester encore un peu, on se bricole une raison d'être approximative avec deux bons sentiments, un vieux souvenir et une couple de lâchetés, sur l'établi, dans le garage, après le souper, ou dans le désœuvrement d'un long dimanche après-midi. On s'en va dans ce qu'il nous reste de vie avec cette espèce de bébelle-là à moitié tordue, qu'on traîne derrière soi au bout d'une corde, qui fait un bruit de boîte de conserve vide et qui représente tout ce qu'on n'a pas réussi à rater complètement malgré notre stupidité. On regarde autour de soi les autres hommes, les autres traîneux de prétextes à trois pattes, leurs gueules de gibbons abrutis et leur air de ne pas pouvoir en revenir, du gâchis qu'ils sont devenus eux autres aussi, et on se rassure un dernier coup : Dieu merci, on n'est pas pire que ces pauvres morons-là. À présent on est prêt à vieillir pour de vrai, on a appris à gérer sa nullité, ce qui est, comme tout le monde le sait, l'essence même de la sagesse.

Nullité pour nullité, j'ai tâté de pas mal de drogues de toutes les sortes avant d'arriver jusqu'ici et j'ai vidé quelques petites pintes aussi en chemin, j'ai eu de l'argent et j'ai eu du temps, mais rarement les deux au même moment, je me suis escoué le dé dans un certain nombre de femmes et je crois bien en avoir aimé une ou deux à peu près convenablement, en fait j'ai surtout été heureux en amitié, mettons, mais je pense pouvoir dire aujourd'hui que c'est les livres, moi, qui ont fait la différence dans ma vie. Les vrais durs ne dansent pas - tough guys don't dance - , on le sait : ils lisent. C'est vraiment la tête qui est le plus gros des muscles. Rétroactivement, c'est toujours facile de parler, oui, mais je me demande quand même si je ne serais pas couché sous le gazon, dans un petit endroit absolument tranquille, et depuis pas mal de temps déjà, si je ne m'étais pas enfargé assez jeune, à quinze, seize, dix-sept ans, dans les livres. Peut-être que je ne suis pas parti parce que j'ai voulu continuer à lire. Lire - la façon d'être au monde sans y être tout à fait, de s'intéresser à tout sans se mêler de rien. Peut-être. En tout cas, les livres que j'ai lus, je peux au moins les relire, ils sont encore là, d'une certaine manière, tandis que les amis et les aimées sont perdus, eux autres, aux vidanges, avec le reste de toute la câlisse de marde, et pour toujours.

 

23.03.2009

20 mars

Qui peut se permettre de recourir à la vulgarité en toute légitimité, sinon les plus raffinés, les plus élevés des hommes ? La vulgarité fait partie de leur arsenal. Les autres gens, tous les autres, ne sont que vulgaires, ce qui est évidemment le fond du baril.

 

22.03.2009

7 août

Qui a jamais eu le temps de vieillir, ici-bas ? Pourtant il le faut, il faut vieillir, très malheureusement. Jeune, on fait toujours écran. Il faut du temps pour se fabriquer une nudité, pour aller jusqu'à l'os, pour se libérer de toute l'existence et de ses passions et de ses si ragoûtants poisons. Avant l'âge de trente, trente-cinq, quarante ans, on ne devrait même pas avoir le droit d'ouvrir sa gueule, on devrait être condamné à baiser tout ce qui bouge, à jouer au fou ou au football, à lire et à voyager, à apprendre les cent milliards d'inutilités, à se faire des amis et à se les perdre, à cultiver et à susciter quelques haines essentielles, à se vider du trop-plein de vie qui pourrit l'âme la mieux trempée. On devrait nous dire qu'écrire c'est n'être déjà plus jeune, que c'est devoir et savoir utiliser perversement nos vieux péchés - et les seuls vrais péchés, dans la vie, sont ceux qu'on commet par excès de jeunesse. Presque tous les écrivains écrivent trop tôt, trop jeunes. Ils ne se donnent pas le temps de brûler ce qu'il faut de ponts derrière eux. Ils ne se donnent pas tout ce temps dont ils auraient besoin pour se vider de la belle littérature avec laquelle on leur a farci la cervelle depuis toujours. Ils croient devenir écrivains alors qu'ils ne deviennent que de simples littérateurs, bons ou mauvais, c'est sans importance. À quarante ans, ils sont foutus comme le sont tous ceux qui se racontent encore des histoires passé un certain âge, comme ces grands enfants attardés qui croient encore à la Fée des Étoiles, au pape ou à l'Homme Araignée. On ne fait pas de la littérature à quarante ans. Ou bien on continue d'en faire, ce qui est considérablement pire, ou bien on entreprend d'écrire.

 

21.03.2009

9 novembre

Qu'est-ce que tu veux, nos bonnes amies les femmes aimeraient bien nous voir écrire against the graine.

 

20.03.2009

23 mars

Qu'est-ce que tu veux encore ?

Tu t'ennuyais, je t'ai fait écrivain. Nous avons signé le pacte du diable, ne l'oublie pas. J'ai rempli mes engagements ; à toi maintenant de remplir les tiens.

Je te vois sourire.

J'aurais bien dû m'en douter.

Il n'y a que ce jeu-là qui ne t'ennuiera jamais, pas vrai ?

 

19.03.2009

3 mai

Qu'est-ce que c'est, un « écrivain » ? Si j'écris des textes que je ne tiens pas à faire publier, peu importe pourquoi, puis-je me dire écrivain ? Si je crée une œuvre que seules quelques personnes de mon entourage immédiat pourront lire, puis-je me dire écrivain ? Si aucun chien d'éditeur ne veut publier les livres que j'écris, puis-je me dire écrivain ? Si tout ce que j'écris ne vaut strictement rien, et que c'est la raison pour laquelle aucun chien d'éditeur ne veut publier mes ouvrages, puis-je me dire écrivain ? Si je me contente de concevoir jusque dans leurs moindres détails toutes sortes de livres fabuleux, sans jamais les écrire, sinon en imagination, puis-je encore me dire écrivain ? Et si, passé quarante ou même cinquante ans, j'ai enfin une vision claire de ce que je veux que soit mon œuvre, après vingt ou trente années d'écriture ratée, qui contient cependant en germe toute l'œuvre à venir, et que je meurs, demain, renversé par une motocyclette, alors que je traversais la rue pour aller manger un cheeseburger à la binnerie du coin, pourra-t-on dire de moi que j'étais un écrivain ?

Le problème est d'autant plus intéressant que beaucoup d'artistes rêvent, souvent en secret, parfois sans en être pleinement conscients, parfois aussi à leur corps défendant, d'abandonner leur art, de s'en libérer, de ne plus en avoir besoin pour être artistes. Devenir un artiste sans créations, cesser de créer sans pour autant cesser d'être artiste, ne serait-ce pas l'ultime accomplissement, l'œuvre ultime, comme l'a été par exemple le silence définitif et superbement indifférent de Rimbaud après les Illuminations ?

 

18.03.2009

2 juillet

Que recherche le client venu s'attabler dans un restaurant ? Le noble idéal à la poursuite duquel il s'est lancé est de roter, et que cette exhalaison buccale de gaz stomacaux puisse se traduire dans son esprit par ces simples mots : « Je me suis régalé. »  Qu'il se gave de frites au vinaigre ou qu'il s'empiffre de carré d'agneau bou-quetière, le client désire éprouver cette émotion primaire et n'éprouver qu'elle. Qui peut la lui procurer ? Le chef penché sur ses fourneaux, dont c'est le métier de la fabriquer. Comment ? Comment le chef fabrique-t-il l'émotion gustative et éructante du client qui s'est aventuré dans son établissement ? Eh bien, il la fabrique avec des idées. En cuisine, un bon chef est d'abord un bon chimiste. Tout le secret de son art réside dans le rapport affectif, parfaitement maîtrisé, qu'il entretient non pas avec la nourriture elle-même, non pas avec les émotions que peut susciter la nourriture, mais avec les idées qu'elle lui inspire.

Quand j'écris, je n'exprime jamais une émotion, mais toujours une idée. L'art est ce rapport affectif qu'on entretient avec les idées qu'on se fait du monde, de la même manière que la santé est un rapport affectif qu'on entretient avec les idées qu'on se fait du corps et plus particulièrement de la sexualité - du poivre dans la marmite.

 

17.03.2009

2 février

Quelqu'un devrait peut-être - ce n'est qu'une idée que je lance en l'air, comme ça, sans réfléchir - se donner la peine d'expliquer à ces pauvres malheureux la très subtile nuance existant entre l'assassinat de Gandhi et la mort du petit guitariste de ce groupe de Seattle, WA.

 

16.03.2009

16 août

Quelque part entre le jeune écrivain en pleine possession de tous ses défauts (mais jeune, on ne peut pas être écrivain, on ne peut qu'être poète, ce qui n'a rien à voir, naturellement ; être poète ne dure jamais que le temps de la fin de toutes les adolescences, qui sont le seul moment véritablement poétique de l'existence ; c'est la raison pour laquelle Rimbaud sera toujours le plus crédible de tous les poètes, le moins glandeux, le plus glandulairement admissible) et l'artiste vieilli, cette espèce de one-trick poney qui reprend du service pour une ultime poignée de picotin, comme Simenon, pitoyable cabotin pissant ses intarissables « dictées », tout au bout de son âge, sur la dernière frange du néant, Simenon s'adorant à travers son or couleur pisse dans son château suisse -

J'ai oublié ce que je voulais dire.

Fuck it, hostie.