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16.07.2008

21 août

Durant une très courte période – une très courte période – , à l’époque d’une de mes jeunesses ratées, je me suis presque laissé tenter par ce qui aurait voulu être un cycle romanesque à hauteur d’homme – pantoufles émotionnées, cœurs en robe de chambre, etc. – , jusqu’à ce que je me fasse l’effet d’un vieux dégueulasse pourri de vices s’amusant à l’idée de fonder une vraie petite famille comme on en voit à l’église et dans la publicité. Fabriquer une œuvre « humaine », un peu à la manière de Marcel Pagnol, disons, ou de l’ « incontournable » Michèle Tremblay, quelle ironique cocasserie ç’aurait été ! J’ai l’œil bleu, et j’ai l’œil noir : il m’a suffi de fermer le bon pour que se dissipe cette niaiserie et que le rire me remonte à la babine.
Alors ?
Rien. C’est tout.

15.07.2008

1er août

D’un œil, mais du bon, je relis, dans la revue Canadian Literature, la critique, signée du nom de Jane Moss (ou Mosh ?), de mon excellent roman Baie des Anges, paru aux Éditions du Boréal : « Feminists should be appalled [‘‘ Les féministes devraient être dégoûtées ’’ – je souligne] by this first novel. »
Hum.
J’écris philosophique, moi, pas idéologique ! Misogynie, disent-elles. Quelle prétention ! Je ne suis pas misogyne, je suis misanthrope ! Nuance !
Cette salope a beau être une connasse d’énorme envergure, ce n’est quand même pas une raison pour que je ne lui pisse pas à la raie.
C’est la guerre.
Ce n’est pas précisément ce que je désire, mais il semble que ce soit ce qu’ils et elles cherchent.
Très bien, dans ce cas.
Mais attelez-vous, hostie ! You ain’t seen nothing yet, babe !

14.07.2008

26 septembre

Dis-toi bien que l’écriture est la machine à laver le linge sale de la vie, pas une machine à laver son linge sale en famille.

13.07.2008

8 février

- Dis-moi, mon petit, quel est le seul objet connu à l’intérieur duquel puisse tenir tout l’univers ?
- C’est le stylographe, Madame.

12.07.2008

20 février

Discours
Les météorologues sont des êtres qui ont découvert le précieux secret de parler de la pluie et du beau temps à longueur de vie, comme les sexologues ont découvert leur petit secret à eux, qui est aussi une science parfaitement exacte.

11.07.2008

24 mars

Dire la vérité
N’est que cette
Excruciante capacité
De s’approuver
Malgré soi
Dans l’humiliant
Désappointement
De soi-même

10.07.2008

13 juillet

Difficile de mourir bandé.
Enfin, j’espère.
Je veux dire, je suppose.

09.07.2008

27 juillet

Difficile (aussi) d’imaginer de quoi peut bien vivre Gilles Vigneault…

08.07.2008

7 avril

Deux années, trois années, peut-être, je ne sais plus, je ne l’ai jamais su, comment pourrait-on savoir à quelle heure, quelle journée, un cancer a commencé, c’était un voyage dans la mort, c’était ma première mort, incestueuse petite sœur, Petite Mort aux joues roses, proprette et riante, une mort à fossettes, pétante de santé, vive et claire et gaie, sans rien de celle de M. Freud, non, et puis ç’a été ne plus pouvoir travailler, ne plus connaître comment vivre, ne plus jamais rire du fond du cœur, ne plus rien décider, ne plus écrire sur du papier, mais boire de la bière et regarder la télévision, sans la voir, du fond du gros fauteuil brun où elle m’était apparue, le premier soir, moderne visage de la mort, sans le son, molle mort à l’œil chatoyant, dans l’œil d’un écran, bas de gamme de la Mort au fauteuil, le fauteuil couleur de terre meuble, petite mort froide, cool, sans couilles, sans douleur, sans angoisse ni désespérance, mort de brouillard anglais et d’indifférence, l’argent jeté par les fenêtres, la Mort disant « Abandonne tous tes biens et viens avec moi, mon fils, mon petit roi », l’errance dans la ville rogue, sans fin, jour et nuit, nulle part, toujours, sans jamais, jamais rencontrer personne de ma connaissance, ces années-là, chose si totalement, si atrocement étrange, la plus étrange de toutes, avoir si mystérieusement changé, changé au point de ne plus reconnaître personne, puis revenir peu à peu, un filament à la fois, au fil des mois, de ce côté-ci du paradis, rentrer comme en bégayant dans l’engrenage faussement rassurant du temps, se recommencer en recommençant à s’habiller avec les grains de sable du Sablier, mais pour quoi faire, sinon ne plus exister que comme un trou dans la trame de l’être, n’être plus que le manque, la soustraction, la déchirure, le déficit, à Montréal, Montréal où j’ai perdu mon âme, une nuit d’été, sur un banc de parc, entre une suceuse et une seringue, une bouteille de vodka vide à nos pieds, on tue ceux qui ne font plus d’ombre et c’est ce que j’ai fait, l’ombre c’est l’âme et l’âme l’ombre, ô Zombie Blues, la Petite Mort m’a remis dans les souliers de l’écriture, à mon corps défendant, l’écriture nue devant l’éternel, l’écriture, cette agence de placement de la mort, la mort au quotidien, sans importance, la plus horrible, l’écriture succursale de la mort, les journées sont courtes en paradis, la vie trop longue et le Livre interminable, je suis Ailleurs, à présent, dans cette affligeante et cruelle et banale singularité, dans cette mortifère et futile souveraineté.

07.07.2008

27 janvier

De race blanche et de sexe masculin, je suis né au milieu du XXe siècle de l’ère chrétienne et j’ai été élevé dans la religion catholique de mes ancêtres, parmi la classe moyenne, en Amérique du Nord. C’est ce qui fait de moi un écrivain de race blanche et de sexe masculin, né au milieu du XXe siècle de l’ère chrétienne et élevé dans la religion catholique de ses ancêtres, parmi la classe moyenne, en Amérique du Nord.