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28.06.2008

20 février

Conditionnel
J’écrirais grégorien.

27.06.2008

28 mai

Comment un certain Marcel Proust a-t-il bien pu inventer le Marcel Proust qui allait écrire l’œuvre de quatre mille pages dont personne ne le croyait capable ? Comment cet homme de trente-cinq ou trente-six ans en est-il arrivé à tracer un jour cette phrase si anodine : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », qu’on connaîtra plus tard comme étant la première d’une prodigieuse cathédrale de mots ? Comment Donatien Alphonse François de Sade s’y est-il pris pour devenir l’écrivain qu’on appelait déjà de son vivant le Divin Marquis ? Comment et pourquoi cet homme en est-il venu à écrire, en 1785, dans ses appartements de la Bastille, cette chose parfaitement inqualifiable qu’il a intitulée Les cent vingt journées de Sodome et qui est le seul livre au monde que je suis incapable de lire, le seul dont l’horreur me fait perdre la tête, à la manière de ces petits bouts de film muets, en noir et blanc, dans lesquels on voit une marmelade de débris humains boueux, squelettiques et désarticulés, être poussée par des bulldozers dans les fosses communes des camps d’extermination nazis ?
Le travail des mères s’accomplit tout seul ; c’est le règne animal, la planète des singes, ovule, biologie, naissance, mort, et puis voilà. La mise au monde d’un grand astre littéraire, sa mise au monde littéraire, c’est autre chose, évidemment.
Évidemment.

26.06.2008

19 janvier

Comment pourrait-il être possible de se fabriquer une foi, non, une simple espérance en l’écriture dans un pays où personne ne s’étonne d’entendre, au bulletin de nouvelles télévisé de la société d’État, un journaliste, dont le nom est de surcroît Alexandre Dumas, dire : « […] on est encore loin de la coupe aux lèvres » ?
Il y aura toujours loin de la coupe à ces lèvres-là.

25.06.2008

14 septembre

Comme le disait le Bonhomme dans l’Antique Taverne de nos Pères, il y a de ça quelques millénaires : « You love the work you’re in business, otherwise go to hell tabarnak. »

24.06.2008

25 février

Comme il est difficile d’être dans la chaleur du livre à écrire.

23.06.2008

4 mai

Combien existe-t-il d’écrivains sur cette planète ? Au Canada seulement – terre de nos aïeux – , on me dit qu’on en compte officiellement, aujourd’hui, une bonne quinzaine de milliers (j’ignore si ce nombre comprend les « véritables » et les « faux », les aspirants tout dégoulinants d’ambition, les étudiants à perpétuité, les maquereaux de la traite des pages blanches, les vieilles barbes nationaleuses, les journalistes verbomanes, les nègres de garde-robe, les curés désensoutanés, les demi-mondaines télévisuelles, les champions poids lourds du livre de recettes, les diaristes virtuels, les dramaturges comme vaches qui pissent, les chanteuses oubliées, les essayistes qui s’essayent, les observateurs d’oiseaux, les « anciens écrivains » médaillés, les biographes tayloristes, les ratés aux pieds plats, les sociologues à barbichette, les chiennes repenties du pouvoir politique, les mémorialistes oublieux, les anthropologues radiophoniques, les arrière-grand-mères au trente-sixième souffle, les guides de l’auto, les onanistes du « Do It Yourself », les psy aux poignets velus, les anthologistes entre deux bourses, les thèseux croupissant dans le renvoi en bas de page, etc., mais je pense qu’on peut être certain de trouver parmi le troupeau un sacré paquet de petits profs proprets au trou du cul en gueule de poule, féministes à ressorts, poètes en collants, emperruqués, belles âmes piquées de mouches et / ou romanciers œuvrant benoîtement dans le secteur de la pâte à papier).
Oh ! vous êtes les seuls pontifes,
Penseurs, lutteurs des grands espoirs,
Dompteurs des fauves hippogriffes,
Cavaliers des pégases noirs !
Exact ! Mais peu importe combien ils sont, qui ils sont, ce qu’ils sont, mages, avortons, hommes suprêmes, gratte-papier ou vivants sublimes, le secret le mieux gardé des écrivains, la petite chose honteuse dont ils ne parlent jamais qu’entre eux, et encore, à voix très, très basse, derrière de puissantes portes closes, dans ces mystérieux colloques internationaux, par exemple, où ils vont pinter et blablater en s’empiffrant aux frais du contribuable, comme s’ils étaient les ambassadeurs du Prince, la voix de la Nation, les commissaires du Peuple, alors que leurs petites merdes bien moulées n’intéressent pas l’honnête quincaillier de la rue Bélanger, pourtant père de famille et parfaitement tolérant envers les invertis et les immigrants, le secret le mieux gardé des écrivains, dis-je, n’est pas celui du pourcentage des droits d’auteur à eux consenti par leur éditeur, de la marque de leur cher stylo à bubulle d’encre, de leurs sources d’inspiration, du traumatisme post ou prénatal les ayant conduits à embrasser la carrière, etc., non : c’est celui de la chaise, du fauteuil sur lequel ils posent leurs précieuses miches lorsqu’ils œuvrent à leurs impérissables ouvrages – le siège « ergonomique » ultime, insurpassable, hyper-garanti, cent pour cent préventif de la varice des veines de l’anus, fléau de la confrérie, terreur de l’apprenti, cauchemar de l’artisan le plus accompli, mieux connue sous le nom savant d’hémorroïdes, le parfait appareil certifié mille pour mille par l’Organisation mondiale de la santé elle-même en personne, reconnu par l’Unesco, approuvé par l’Ordre des mycologues et le Collège de proctologie planétaire, le meuble avec ou sans bouillotte incorporée, anti-sudation de la raie du fondement, muni du fameux « trou de beigne » optionnel, rembourré pur duvet paon, de marque brevetée « Trône pontificanal » de préférence, à coussin d’air portant, dit « nuage d’âme », sur les modèles de grand luxe, à lubrification thermo-assistée, sur-vaseliné pour pédéraste endurci mais délicat de l’oignon, et assorti, dans les meilleurs des cas, d’une assurance « tous risques » en béton armé. « Je vous trouve un tantinet pâlot, mon ami. » « Ah ! cher confrère, ne m’en parlez pas ! Mon dernier chef-d’œuvre m’a mis au sang ! au supplice du sang ! » « Quoi ? Comment ? Pardon ? Que me dites-vous là ? Vous, là ! Michelle ! Joachim ! Edmond ! François-Yvan ! Olivier-Sébastien ! Marie-Auge ! Serait-ce… serait-ce ‘‘ le mal ’’ ? Souffririez-vous du ‘‘ mal ’’, cher collègue ? Mon cher Luc-Arnold ? Ma chère Daube ? Moubabah, mon ami ! Fabien-Paul ! » « Eh bien… Eh bien… Les chef-d’œuvre nous coûtent, n’est-ce pas, Henri-Luc ! Serge-Jean ! » « Mais essayez ! expérimentez ! adoptez le ‘‘ Trône ’’, mon ami ! Ma chère Zoumbie ! Colette-Anne ! Réginald-Antoine ! », etc.
C’est comme ça.

22.06.2008

30 août

Cinémoi
J’ai toujours été beaucoup trop timide pour aller au cinéma, qui de toute façon ne m’intéresse pas : je n’aime pas les bandes dessinées, et encore moins celles qui bougent.

21.06.2008

23 décembre

Choses tues
Que dire, puisqu’ils ne semblent pas comprendre qu’ils rendent un très, très, très mauvais service aux choses écrites en en faisant une lecture à voix haute ? Que dire ? Rien. Leur donner plutôt à lire Claude Debussy, tiens.

20.06.2008

5 avril

Chose étonnante, on admire les comédiens alors qu’ils ne sont qu’une bande d’ignobles paresseux qui passent leur vie à faire semblant.

19.06.2008

23 octobre

Chomedey, l’automne. / Toute une journée passée à tourner en rond dans le petit appartement humide, à tripoter des livres jaunes sans avoir le courage de les ouvrir, à tirer et à repousser la chaise, à prendre et à reposer la plume sur la vieille table de la cuisine, à boire du vin et à fumer les mauvais cigares du pauvre / toute une journée passée à se torturer, à se dire que la vie n’est pas assez, qu’elle est et qu’elle sera toujours déficitaire dans l’absence de l’œuvre, que ce n’est pas à partir de la vie qu’il faut penser l’œuvre mais à partir de l’œuvre qu’il faut rêver la vie, que ce qui compte, ce n’est pas la vie mais l’œuvre, l’œuvre d’abord, et rien que l’œuvre / mais quelle œuvre ? / toute une journée passée à scruter les exigences de l’œuvre, à se répéter qu’on ignore encore ce qu’elle pourrait être, ce qu’elle voudrait être, et si seulement elle veut être, toute une journée passée à se demander ce que l’œuvre voudrait et pourrait faire de soi, de son passé, de sa vie, et si cette vie peut être vue comme une totalité, et si l’on est un être suffisamment unifié pour prétendre avoir une « vie » / toute une longue et terrible journée passée à tourner en rond dans le cauchemar du doute, pour finir par se demander : qui vaut la peine d’une œuvre, qui, sinon celui qui dit : « Je voudrais en valoir la peine, j’aimerais pouvoir être celui qui en vaut la peine » / puis sortir comme un fauve malade, comme un Modigliani fou, sortir et aller boire encore et chasser le rêve dans la nuit sale et avoir les yeux toujours ouverts, à l’aube, debout dans la lumière.